Laurent Naas
Nouvelle Bibliothèque humaniste, Selestat, France

The 2014 meeting of the Association of European printing museums (AEPM) was hosted by the Gutenberg Museum in Mainz (Germany) on the 24-25th October 2014.

Une expérience de mise en valeur touristique de fonds patrimoniaux : vers la Nouvelle Bibliothèque Humaniste de Sélestat

 

Depuis quelques décennies, la Bibliothèque Humaniste, équipement culturel aux multiples missions, a pour tradition de donner à voir une partie de ses collections dans le cadre d’une exposition permanente et, plus récemment cependant, par le biais d’exposition temporaires in situ voire, dans un avenir plus proche, à l’aide d’expositions virtuelles.

Néanmoins, la volonté de donner à voir de manière continue un certain nombre de joyaux du patrimoine écrit sélestadien constitue une exception dans le milieu feutré des bibliothèques patrimoniales. En effet, pendant longtemps d’ailleurs, il était plutôt admis de conserver ses manuscrits et autres imprimés anciens loin du regard de possibles visiteurs ; on pouvait ainsi parler de manière encore plus légitime de « trésor », c’est-àdire un ensemble d’objets de grande valeur que l’on garde hors de portée des gens du commun.

Fort heureusement, depuis une quinzaine d’années, les esprits des conservateurs de bibliothèques ont évolué à ce sujet. Sans doute aussi sous l’effet de la pression ou de la demande sociale, le patrimoine écrit sort de ses réserves et se donne de plus en plus à voir, à l’aide de grandes expositions (comme celles de la Bibliothèque nationale de France[1] ou d’autres grands établissements documentaires en province) ou en inscrivant les fonds anciens dans un programme architectural destiné à les mettre en valeur. Sur ce dernier point, on pensera en particulier au rôle pionnier du regretté Thierry Delcourt qui permit à la Médiathèque de l’Agglomération troyenne de structurer en partie ses espaces autour de la reconstitution de la salle de l’ancienne abbaye Saint-Loup, dans laquelle était conservée pendant des décennies la bibliothèque de Clairvaux[2]. Un certain nombre d’autres projets de construction ont suivi une démarche similaire, à l’instar de la Bibliothèque multimédia intercommunale Epinal-Golbey, qui conserve en son sein ses fonds les plus précieux sur les boiseries de l’ancienne abbaye de Moyenmoutier[3].

Cette rencontre de l’AEPM, intitulée « Exposer le patrimoine graphique » constitue une opportunité heureuse permettant d’examiner l’histoire de la présentation du patrimoine écrit sélestadien de ses origines, au cours du XIXe siècle, à nos jours. Cette présentation s’impose d’autant plus que la Ville de Sélestat a pris le parti de lancer un projet ambitieux de revalorisation de la Bibliothèque Humaniste, destiné à lui permettre de répondre aux enjeux de la conservation et de la mise en valeur de ses collections dans le monde qui nous entoure et à l’époque qui est la nôtre.

Ainsi, au moment où la Bibliothèque Humaniste est sur le point de connaître cette métamorphose devant lui permettre de s’inscrire pleinement dans le XXIe siècle, il semble d’autant plus utile de rappeler le caractère pionnier de la mise en valeur de son fonds à l’aide d’une exposition permanente. Bien plus, ayant longtemps fait office en même temps de musée municipal, la Bibliothèque Humaniste a par ailleurs été pendant longtemps, il faut le rappeler, le lieu au sein duquel était menée la promotion du patrimoine sélestadien sous ses différentes formes. Enfin, il semble aussi pertinent d’essayer d’examiner comment cet équipement culturel a pu s’inscrire, depuis la fin du XIXe siècle, dans des formes de fréquentation touristique et alimenter cette dynamique. Enfin, nous verrons les conditions dans lesquelles se déroule l’émergence de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste.

  • Un contexte favorable : les collections précieuses de la Bibliothèque Humaniste

Avant de présenter un historique de sa mise en valeur, il convient tout d’abord de présenter dans ses grandes lignes le patrimoine écrit sélestadien[4].

  1. Les bibliothèques monastiques médiévales.

La ville impériale de Sélestat renferme derrière ses remparts des livres dès le Moyen Age central. En effet, les communautés religieuses fondées à travers l’espace urbain à partir de la fin du XIe siècle étaient évidemment munies de livres destinés à alimenter la vie spirituelle et intellectuelle de leurs membres et à les guider dans la célébration de leurs offices.

Ainsi, à l’entrée en fonction du prieur bénédictin de Sainte-Foy en 1296, fut dressé un inventaire, qui nous est heureusement parvenu, des ouvrages figurant dans la « librairie commune » (« in communi armario »). On y trouve un ensemble de 102 œuvres, parmi lesquelles des bibles et des missels côtoient des vies de saints (dont celle de sainte Odile, la patronne de l’Alsace), des ouvrages de sciences naturelles ou une vie de Mahomet. De cet ensemble, seuls trois manuscrits subsistent encore de nos jours.

On sait par ailleurs que les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem disposaient d’une bibliothèque, dont un volume, comportant notamment des traités de médecine et de chirurgie, est encore conservé de nos jours.

Les Dominicains furent par ailleurs à la hauteur de la réputation d’intellectuels de leur ordre en se dotant d’une collection d’ouvrages qui donna lieu, au début du XVIe siècle, à la construction d’un espace spécifique, une galerie située au-dessus du cloître et ornée de vitraux.

La Bibliothèque Humaniste est cependant surtout connue pour les deux joyaux qu’il importe de décrire brièvement.

  • La bibliothèque paroissiale.

La bibliothèque paroissiale constitue le premier noyau des collections précieuses de l’actuelle Bibliothèque Humaniste[5].

En offrant à la fabrique de l’église Saint-Georges en 1452 une trentaine de manuscrits, le curé Jean de Westhuss souhaitait mettre à la disposition des maîtres et des élèves de l’école paroissiale un certain nombre d’outils de travail. Ces livres furent déposés dans un local que le recteur Westhuss avait fait aménager dans une chapelle voûtée de l’église du lieu. En 1462, les voûtes de cette salle furent décorées d’arabesques en camaïeu brun sur fond bleu et on y inscrivit : « Pro Christi laude lege libros postea claude 1462 » (ce qui signifie : « pour la gloire du Christ, lis les livres puis ferme les, 1462 »).

Jean de Westhuss ignorait cependant que par cette marque de générosité, il allait déclencher une série de dons qui devaient en accroître les collections jusque dans la décennie 1530. En effet, un certain nombre d’ecclésiastiques et de savants sélestadiens contribuèrent dans son sillage au développement de cette bibliothèque. On peut ainsi citer le maître de l’école paroissiale Louis Dringenberg, le chapelain Jean Fabri, l’humaniste Jacques Wimpfeling et le curé de Saint-Georges Martin Ergersheim.

C’est ainsi que la Bibliothèque Humaniste conserve encore de nos jours des traités de grammaire, des anthologies de textes anciens, des dictionnaires latin-allemand mais aussi des recueils de sermons, des Bibles et autres commentaires des Ecritures davantage destinés aux desservants de l’église paroissiale. Ces domaines du savoir représentent les centres d’intérêt des usagers de cette bibliothèque, constituée autant pour l’étude et l’enseignement que pour la pastorale et la liturgie.

Ainsi, dès le milieu du XVe siècle, Sélestat apparaît d’autant plus, grâce à son école paroissiale, comme une ville du livre, amenée à jouer, pendant près d’un siècle, de 1440 aux alentours de 1525, un rôle crucial dans le cadre de l’implantation et de l’essor de l’humanisme rhéno-flamand en Alsace. La cité impériale forma des milliers d’élèves dans cet esprit nouveau, né du contact des grands centres humanistes d’Italie et des Pays-Bas. Désireux de donner à la jeunesse une solide formation chrétienne, Jean de

Westhuss s’intéressa particulièrement à son école latine. C’est à cet effet qu’il fit venir de Westphalie, en 1441, Louis Dringenberg, qui dirigea l’école jusqu’en 1477. Cet éminent pédagogue, père de l’humanisme en Alsace, fut un ancien élève des Frères de la Vie commune de Deventer dans les Pays-Bas. Il s’inspira de leur idéal chrétien pour donner un nouvel essor à l’école de Sélestat et réussit de façon exemplaire. Son œuvre fut poursuivie par de grands maîtres et humanistes qui firent le renom de l’école dans toute l’Europe : Crato Hofmann (1477-1501), Jérôme Gebwiler (1510-1509), Jean Sapidus (1510-1525).

C’est pour cette raison (mais aussi pour remercier les humanistes sélestadiens pour l’accueil qu’ils lui avaient réservé en 1514) qu’Erasme de Rotterdam composa l’éloge de la ville de Sélestat que l’imprimeur bâlois Jean Froben publia en 1515 et dans lequel le prince des humanistes vante en ces termes les mérites du berceau sélestadien :

« Illustre Sélestat, quel héros, traçant le premier dessin De ton enceinte, fut ton fondateur d’heureux présage ? D’où te vient ton génie, si fécond, si généreux,

Quels astres brillèrent au-dessus de ton berceau ? […]

Le privilège qui n’est qu’à toi, c’est que seule, toi si petite, tu donnes le jour A autant d’hommes distingués par les mérites de l’esprit […] D’autres enfantent des corps, toi tu enfantes des génies ».

  • La bibliothèque de l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547).

La collection personnelle de ce savant constitue le second noyau des collections les plus précieuses de la Bibliothèque Humaniste[6]. Le caractère exceptionnel de cet ensemble documentaire (la plupart des bibliothèques d’humanistes ont été a contrario dispersées) fut d’ailleurs reconnu en mai 2011 par son inscription au registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO.

Beat Bild, plus connu sous le nom de Beatus Rhenanus, est un personnage représentatif de ces savants de la fin du moyen âge et du début de l’époque moderne, période qui voit apparaître la figure de l’intellectuel moderne dans un contexte marqué par l’émergence de la République des lettres. Ces grands esprits, totalement animés par un ardent amour pour le beau latin des humaniores litterae, surent collecter les textes antiques transmis par les manuscrits médiévaux pour les corriger et les faire bénéficier des honneurs de la presse à imprimer, ce qui permit d’ailleurs de prolonger la conservation de ces œuvres littéraires.

Né à Sélestat le 22 août 1485, fils unique d’un boucher qui fut par ailleurs membre du Magistrat, Rhenanus fréquenta, dès l’âge de six ans, l’école latine de Sélestat, alors sous l’égide de Crato Hofmann. La Bibliothèque Humaniste conserve son cahier d’écolier des années 1498-1499, qui permet d’appréhender la richesse de l’enseignement dispensé au sein de l’école latine. Après des études brillantes au sein du collège du cardinal Lemoine à Paris de 1503 à 1507 (jusqu’au grade de maître ès arts), sous la direction de Lefèvre d’Etaples, il exerça le métier de correcteur et de philologue dans la capitale du royaume de France auprès de l’imprimeur Estienne. Son cahier d’étudiant, qui nous est également parvenu, nous permet, lui aussi, d’étudier l’enseignement dispensé au sein du collège du cardinal Lemoine, qui se nourrit encore largement du corpus aristotélicien.

Rhenanus avait commencé à se constituer une bibliothèque dès son plus jeune âge. Il fréquenta très tôt les foires de Strasbourg et la fortune de son père, Antoine Bild, lui permit d’acquérir 57 volumes avant même ses études à Paris en 1503. Des ouvrages de grammaire et de rhétorique (comme la grammaire d’Alexandre de Villedieu) côtoient dans cet ensemble des œuvres d’humanistes contemporains. Pendant ses études au collège du cardinal Lemoine, Rhenanus put acquérir près de 188 œuvres, parmi lesquelles figurent 20 traités d’Aristote, des éditions d’auteurs latins classiques et des éditions princeps de Pères de l’Eglise. A l’âge de vingt-deux ans, le jeune savant sélestadien possédait déjà 253 livres, soit déjà un bel embryon d’une belle bibliothèque personnelle pour cette époque.

De retour en Alsace à l’automne 1507, Rhenanus prit part aux projets éditoriaux de l’imprimeur strasbourgeois originaire de Sélestat, Mathias Schürer. A cette époque, il intègre pleinement les cercles d’érudits strasbourgeois. De 1511 à 1513, il approfondit sa connaissance du grec à Bâle auprès du dominicain Jean Cuno, dont il hérita d’une partie de sa bibliothèque. C’est au cours de cette époque que commence sa collaboration, qui devait se révéler durable, avec les imprimeurs de cette même ville, en particulier Amerbach et Froben. A la fin de l’automne 1514, Rhenanus rencontra Erasme de Rotterdam à Bâle. Ce moment marque le début d’une amitié durable, marquée par une complicité intellectuelle certaine, l’alter ego d’Erasme étant chargé de l’édition des œuvres du « Prince des humanistes » sur les presses de Froben. Cette relation devait s’interrompre en 1536 avec la mort d’Erasme, dont Rhenanus fut l’un des exécuteurs testamentaires. Le savant sélestadien fut également l’auteur de la première biographie du défunt et réalisa en 1540 la première édition de ses œuvres complètes en huit gros volumes.

La longue carrière scientifique de Rhenanus lui permit d’acquérir de nombreuses éditions frobéniennes qui forment une des originalités de sa bibliothèque. Outre les éditions auxquelles il collabora comme correcteur et philologue (Tertullien, Eusèbe de Césarée, Sozomène, Sénèque, Quinte-Curce, Velleius Paterculus, Pline l’Ancien, Tite-Live, etc.), il acheta de nombreux livres. Il reçut de nombreuses œuvres qui portent souvent sur la page de titre l’ex-dono. Il échangea également certaines de ses propres éditions avec celles de ses amis. Les pages de titres des volumes de la collection de Rhenanus portent souvent son ex-libris manuscrit dont la formulation montre à quel point il tenait à sa bibliothèque. En effet, il lui arrivait d’y noter la mention « Sum Beati Rhenani. Nec muto dominum » ; le livre s’exprime ainsi : « J’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître ». Anobli par l’empereur Charles Quint en 1523, il a fait décorer plusieurs de ses reliures par ses armoiries.

Outre ses travaux d’éditions de textes anciens, Rhenanus fut l’auteur d’une œuvre originale qui prit la forme d’une histoire de la Germanie en trois livres (Rerum germanicarum libri tres, Bâle, Froben, 1531), dans laquelle il met en œuvre une méthode historique en plein renouveau, croisant le témoignage des Anciens avec les apports des découvertes archéologiques et des chartriers médiévaux.

Atteint d’une maladie de la vessie, Rhenanus disparut le 20 juillet 1547, non sans avoir pris le soin d’appeler à son chevet le Bourgmestre de la Ville de Sélestat pour lui faire savoir son dessein de léguer l’ensemble de sa bibliothèque à sa ville natale. Grâce à cette marque de générosité, la Bibliothèque Humaniste conserve encore la plus grande partie de la collection personnelle de ce savant, soit près de 2 500 titres répartis à travers 670 volumes environ (un même livre peut comporter jusque plus d’une vingtaine d’œuvres différentes). A cet ensemble, il importe d’ajouter la correspondance de ce savant composée de 265 pièces, qui rend compte de son riche réseau de relations au sein de la communauté des savants de son époque.

Le noyau original constitué de la bibliothèque paroissiale et de la collection personnelle de Rhenanus fut enrichi tout au long des XIXe et XXe siècles à l’aide d’un certain nombre de donations remarquables. Toutes ces donations ont permis à la bibliothèque de se constituer un fonds ancien original en Alsace. 464 manuscrits anciens, 530 incunables, près de 2 600 imprimés du XVIe siècle, 3 000 ouvrages des XVIIe et XVIIIe, 13 000 ouvrages du XIXe siècle, 2 000 alsatiques allant du XVe au XXe siècle et plus de 20 000 ouvrages généraux du XXe siècle.

Après avoir présenté ce panorama, non exhaustif, des collections précieuses de la Bibliothèque Humaniste, il importe désormais de rappeler, dans ses grandes lignes, l’histoire de la mise en valeur de ses fonds.

  • L’essor de la vocation touristique de la Bibliothèque Humaniste (de 1889 à nos jours).

La réputation du savant Rhenanus a sans doute fait assez rapidement de sa bibliothèque un lieu de pèlerinage en quelque sorte ou à tout le moins une relique qu’on se doit de vénérer quand on se rend à Sélestat. De passage dans cette ville les 8 et 9 août 1786, l’abbé Philippe-André Grandidier (1752-1787), un des grands historiens de l’Alsace, note dans son journal qu’« après avoir vu l’église paroissiale, nous montâmes dans une salle attenante, qui est située au-dessus, et où se trouve une ancienne bibliothèque établie par la ville en 1462, mais qui depuis plus d’un siècle et demi n’a pas été continuée. (…) On transporta aussi, en 1758, dans cette bibliothèque les livres de celle de Beatus Rhenanus, qu’il avait léguée à cette ville et qui jusqu’alors avaient été déposés dans un appartement de la douane, ou de la Kaufhaus. La plupart des livres qui appartenaient à ce savant sont chargés de notes marginales. J’y ai remarqué plusieurs anciens auteurs latins, dont il fut l’éditeur, entr’autres un Velleius Paterculus, imprimé en 1520 sur un manuscrit de l’abbaye de Murbach, le seul qui existe aujourd’hui, et qui fut découvert par Beatus Rhenanus. On m’a montré à Sélestadt la maison qu’il habitait autrefois, et on m’a assuré qu’on conservait dans les archives de la ville la tasse dont il se servait pour boire ».

  • De l’hôtel de ville à l’installation au sein de la Halle aux Blés.

La bibliothèque personnelle du savant Beatus Rhenanus fut conservée dans les locaux de l’ancienne douane jusqu’en 1757 ; c’est alors qu’elle put rejoindre la bibliothèque paroissiale à l’église Saint-Georges jusqu’en 1841.

Jusqu’au XIXe siècle ces ouvrages étaient essentiellement utilisés par les érudits et les enseignants. En 1841, fut ouverte à Sélestat la première véritable bibliothèque publique cherchant à sensibiliser l’ensemble de la population à la lecture. Grâce à une importante politique d’acquisition, les locaux de la bibliothèque, installée au deuxième étage de la mairie, se révélèrent bientôt trop petits. La décision fut alors prise d’aménager l’ancienne halle aux blés en bibliothèque, bâtiment qui sert toujours actuellement à la conservation de ces trésors patrimoniaux.

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A la mort du bibliothécaire Kleitz, le conseil municipal dans sa séance du 7 septembre 1867, constatait qu’« il y a quelques années déjà que le besoin d’agrandissement des locaux destinés à la bibliothèque et aux archives communales se fait vivement sentir, sans avoir pu jusqu’à présent remédier à cet inconvénient ». Les édiles proposèrent de ce fait qu’en raison du décès du bibliothécaire-archiviste Kleitz, « le logement qu’il occupait à la Mairie et contigu à l’une des salles de la bibliothèque est devenu libre et pourra sans frais être réuni à la bibliothèque ».

Le conseil municipal décida au cours de sa séance du 19 janvier 1888 de préparer le déménagement des collections vers la Halle aux Blés. Les collections des archives et de la bibliothèque y furent installées en mai 1889 ; l’inauguration en grande pompe eut lieu le 6 juin 1889.

Il faut cependant noter que Kleitz avait veillé, dans l’agencement de la bibliothèque, à rendre visible un certain nombre de pièces remarquables ; il nota luimême qu’il avait « rangé dans les armoires du buffet au milieu de la salle, les manuscrits et les incunables, en mettant en évidence, sous les cases vitrées ceux qui offrent le plus d’intérêt[7] ».

Dans son ouvrage Vosges au Rhin : excursions et causeries alsaciennes (Paris, Veuve Berger-Levrault et fils, 1866, p. 159-160), Paul Huot rappelle les grandes étapes de la constitution des collections de la bibliothèque municipale de Sélestat et finit par le constat suivant : « aussi peut-on avancer sans crainte qu’il n’y a peut-être pas en France une grande ville de 10 000 âmes possédant une bibliothèque comparable à celle qui nous occupe, surtout par le nombre et la beauté exceptionnelle de ses incunables et de ses manuscrits dont quelques-uns sont publiques. Le local situé dans l’hôtel de ville (ou dans la mairie, car à Schlestadt, comme dans quelques autres villes d’Alsace, ce sont deux édifices et deux choses distinctes, et je n’ai jamais bien saisi la distinction), le local est très convenable et parfaitement disposé, même pour les simples curieux. Les exemplaires les plus remarquables sont ouverts sous des vitrines placées au milieu des salles, en pleine lumière, de manière à donner une idée suffisante de l’exécution matérielle du livre à ceux qui ne viennent pas en faire une étude spéciale et approfondie. Sous ce rapport, je le dis à regret, mais quiconque a pu le faire la comparaison sera de mon avis, la bibliothèque de Schlestadt fait honte à celle de Colmar ».

De fait, la bibliothèque de la ville avec ses collections archéologiques, ses manuscrits apparaît dans le guide Joanne Vosges, Alsace et Lorraine dès l’édition de 1885, après avoir été mentionné dans le guide sur les Vosges de Curt Mündel en 1884. Il s’agit là indéniablement des premières occurrences d’une valorisation touristique du patrimoine écrit sélestadien.

  • L’installation à la Halle aux Blés en 1889 et l’essor de la vocation muséale et touristique de la Bibliothèque Humaniste.

Cet édifice fut construit à l’emplacement occupé par l’ancienne douane, où la ville stockait les denrées servant au commerce (alimentation, …) ainsi que le sel ; ce bâtiment abritait aussi une salle de danse depuis 1784. Le 7 mars 1836, le conseil municipal adopta le principe de la construction d’une halle couverte, qui devait pouvoir contenir 3 000 sacs debout et des greniers pour 800 à 1 200 sacs. La première pierre fut posée le 7 mai 1843 ; les plans avaient été dressés par Gustave Klotz, en collaboration avec l’architecte de la ville de Sélestat Louis Rivaud. Les travaux s’étendirent dans le temps jusqu’au début de l’année 1845 (le premier marché aux grains s’y tint le 1er mars 1845).

L’inauguration de la Bibliothèque Humaniste dans ses locaux de la Halle aux blés le 6 juin 1889 fut l’occasion d’un nouveau départ. Le principe de la présentation d’un certain nombre de trésors issus des collections de la Bibliothèque Humaniste fut repris après l’installation de la Halle aux Blés, ce qui contribua à alimenter ces prémices d’une mise en valeur touristique du patrimoine écrit sélestadien. Cette volonté fut sans doute catalysée par la création, le 18 mai 1901, de l’office de tourisme (Verschönerungsverein) dans le sillage de la publication du Führer durch Schlettstadt (1899) de l’abbé Gény. Dans cette dernière publication, il est bien question à la fois de la bibliothèque, des archives et du « petit musée » (« Bibliothek, Archiv, sowie das kleine Museum der Stadt befinden sich seit 1889 in der 1842 erbauten Fruchthalle », p. 12). Un guide publié après 1906 souligne l’exposition des plus beaux manuscrits dans une grande vitrine ; la bibliothèque peut être visitée tous les jours de 9h00 à 18h00, en présence d’un employé (« in Begleitung eines Beamten »).

L’agencement des espaces de la Bibliothèque Humaniste, en particulier la grande salle d’exposition du premier étage, fut pensé comme un espace propice à la présentation des éléments les plus remarquables du patrimoine écrit sélestadien. Des œuvres d’art provenant des églises sélestadiennes y furent également disséminées, d’ailleurs sans problématique apparente mais sans doute afin de susciter avant tout une émotion chez les visiteurs de passage. On alla jusqu’à reproduire en 1920 dans la salle, où furent conservées jusqu’au printemps 2015 les manuscrits et les imprimés des XVe et XVIe siècles, le décor qui ornait la resserre d’archives de l’église Saint-Georges où étaient disposées les collections de la bibliothèque paroissiale. Bien plus, l’abbé Joseph Walter, qui fut bibliothécaire de la ville de Sélestat de 1919 à 1950 et par ailleurs président des amis de la cathédrale de Strasbourg de 1928 à 1952, fit acquérir, afin d’orner la grande salle de la Bibliothèque Humaniste, des moulages en plâtre de statues visibles sur la première église du diocèse.

Il faut également souligner que la multiplicité des missions exercées par la Bibliothèque Humaniste, dont il sera question plus loin, est un fait établi pour ainsi dire depuis des temps immémoriaux. On peut ainsi mentionner une lettre datée du 18 février 1919 et adressée au Maire de Sélestat afin de consolider sa candidature à la tête de cette institution, dans laquelle l’abbé Joseph Walter rappela que « la place de bibliothécaire à Schlestadt a toujours été considérée comme une charge comprenant une occupation très variée, car ce n’est pas une bibliothèque quelconque mais qui renferme aussi le musée, les archives, les manuscrits, la bibliothèque de Beatus Rhenanus avec ses incunables uniques, etc. ». Après sa prise de fonctions, ce bibliothécaire utilisa un papier à en-tête portant l’indication « Musée de la Ville de Schlestadt » et un second « Bibliothèque et archives municipales ».

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La permanence de la présentation d’ouvrages anciens fut cependant interrompue par la Seconde guerre mondiale. Après le retour, en octobre 1940, des collections précieuses qui avaient été évacuées vers le château de Hautefort au début du mois de mars de la même année, l’exposition put retrouver son emplacement. Conformément à l’idéologie ambiante, la présentation du patrimoine écrit sélestadien fut réorganisée de manière à mettre en évidence l’ancrage de la Bibliothèque Humaniste à l’aire culturelle allemande[8], en faisant notamment de Rhenanus l’auteur de la première histoire scientifique des Allemands (« die erste wissenschaftliche Geschichte der Deutschen »).

  • Une vocation touristique à consolider au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Le cinquième centenaire, célébré en fait au début de l’année 1953, de la création de la bibliothèque paroissiale donna lieu à un certain nombre de travaux d’aménagements du premier étage de la Halle aux Blés. Le bibliothécaire d’alors, l’abbé Paul Adam (qui avait succédé à Joseph Walter au printemps 1950), rappela dans une allocution qu’« au cours de l’année passée, les visites d’érudits et de touristes ont été plus nombreuses que jamais : soit en groupe, soit isolés, ils admiraient les manuscrits et les incunables exposés dans les vitrines, ainsi que les œuvres d’art disposées dans le hall d’entrée et la salle de lecture ». Il formulait également le vœu de pouvoir un jour occuper également le rez-de-chaussée de la Halle-aux-Blés afin « d’y installer un musée. Les nombreux souvenirs du passé, conservés actuellement dans la salle des archives, sans qu’il fût possible au public de les voir, pourront ainsi servir à la formation culturelle et historique des Sélestadiens et des touristes. Dans de grandes vitrines, on exposera les objets préhistoriques et romains, les anciennes monnaies, les faïences, etc., tandis que les tableaux, les pierres sculptées, les statues, les portraits des Sélestadiens célèbres seront disposés dans les diverses travées »[9].

Ces vœux ainsi formulés ne furent pas exaucés sous la forme souhaitée par le bibliothécaire mais donnèrent lieu à quelques menus travaux et l’installation, dans la salle de lecture, de vitrines renfermant les objets les plus précieux extraits des collections muséales. Une inauguration du « nouveau Musée de Sélestat » eut lieu le 27 février 1958 et marqua le plein achèvement de ces réalisations.

La consolidation de la vocation touristique de la Bibliothèque Humaniste se traduisit aussi par une amplitude horaire d’ouverture croissante. Une plaquette publiée en 1956 indique ainsi que « la bibliothèque est ouverte tous les jours de 8 à 12 et de 14 à 18 heures, sauf samedi et dimanche. Sur demande préalable, visites guidées ».

Dans une publication de 1970[10], le même bibliothécaire signale que « ce trésor, il faut le conserver, le garder avec soin, mais il faut aussi le maintenir en vie, le faire fructifier, en le rendant accessible à tous ». C’est à ses yeux en direction du plus grand nombre qu’était proposée la déclinaison de l’exposition permanente en trois vitrines (manuscrits ; imprimés ; « les souvenirs de l’humanisme sélestadien »).

Cependant, la question de savoir comment concilier la conservation des fonds anciens et leur mise en valeur ne trouvait pas encore de solution satisfaisante. L’abbé Paul Adam assumait pleinement le fait d’« exposer dans des vitrines, au milieu de la grande salle, les livres et les documents les plus précieux, malgré les risques de lente détérioration que cela implique. Les résultats sont très encourageants. Des milliers d’amateurs de culture, venus de tous les pays et de tous les milieux sociaux, viennent chaque année admirer nos collections ; ils sont ravis et déclarent que nulle part ailleurs en Europe ils ne peuvent se familiariser avec tant de trésors. Particulièrement nombreux et attentifs sont les groupes de jeunes »[11].

Ainsi, il semble bien difficile de concilier l’idée d’une exposition permanente du patrimoine écrit avec sa bonne conservation, à plus forte raison quand on découvre que le choix des livres exposés jusqu’au début de l’année 2014 est peu ou prou le même (certes dans une ampleur moindre jusque dans les années 1970) au moins depuis la fin du XIXe siècle ! Le projet de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste contribuera sans aucun doute à résorber cette difficulté.

  • III. Propulser le patrimoine écrit sélestadien dans le XXI e siècle: vers la Nouvelle Bibliothèque Humaniste.

Depuis juin 1997 et l’ouverture de la médiathèque intercommunale de Sélestat, la Bibliothèque Humaniste est à la croisée des chemins. N’exerçant plus ses missions liées au développement de la lecture publique, elle a dès lors pu se concentrer sur ses missions premières en quelque sorte de conservation du patrimoine écrit de la cité humaniste[12]. Le départ des archives historiques (du XIIIe siècle à 1945), suite à la création d’un service d’archives municipales à part entière, a d’autant plus contribué à cette redéfinition des missions de la bibliothèque. Dans un souci de mise en valeur de ces joyaux, elle a par ailleurs développé un ensemble d’outils (expositions temporaires, programmes d’animations, service éducatif), destinés à compléter l’exposition permanente mise en place au moment de l’installation de la bibliothèque municipale au sein de la Halle aux Blés en 1889.

Néanmoins, les visites successives des inspecteurs généraux des bibliothèques du Ministère de la Culture, en particulier celle de Claire Vayssade des 30 et 31 mai 2011, ont mis en évidence le caractère inadapté des locaux à l’exercice des missions dévolues à une bibliothèque d’étude et de recherche. D’autre part, l’inadéquation de la présentation des collections d’ouvrages anciens avec les attentes des visiteurs de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, ainsi que l’absence de toute forme de médiation (en dehors des visites guidées et de l’audio-guidage) ont d’autant plus motivé la conception de plusieurs projets destinés à donner un nouveau souffle à cet équipement culturel.

  • Un contexte favorable à l’émergence du nouvel équipement.

La volonté politique s’exprimant dans le souhait de mettre en œuvre le projet de revalorisation de la Bibliothèque Humaniste s’est traduite en 2010 par son inscription dans le projet de ville qui sera le fil conducteur de l’action publique au cours des années à venir. Il faut également noter que la labellisation « Ville d’art et d’Histoire », non dénuée de liens avec le projet de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste, a également été inscrite au projet de ville, comme celui-ci, au titre du « Rayonnement du centre ville ». La restructuration de la Bibliothèque Humaniste s’inscrit dès lors dans le cadre d’un vaste programme urbain engagé par la Ville de Sélestat visant notamment à la requalification du centre historique et dans lequel la valorisation des patrimoines, bâti comme écrit, est amenée à porter sa contribution en terme de dynamisme et d’attractivité.

  • Quel projet scientifique et culturel de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste.

Ce document, présenté aux partenaires institutionnels au cours de la réunion du comité de pilotage du 4 juin 2013, fut approuvé par le conseil municipal dans sa séance du 26 septembre 2013. Il est rappelé en particulier que la vocation muséale fait partie de l’identité de la Bibliothèque Humaniste, par ailleurs bibliothèque d’étude et de conservation, et que ce projet a pour but de renforcer l’attractivité de la ville de Sélestat, à travers une forte mise en tourisme de l’équipement. Enfin, la vocation scientifique n’est aucunement remise en cause, même si elle n’en constitue pas la vocation exclusive.

Le projet scientifique et culturel de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste, tout en réalisant un diagnostic de l’existant, formule à son tour un certain nombre de propositions portant sur l’évolution de l’équipement.

La Nouvelle Bibliothèque Humaniste doit ainsi permettre de se défaire de la confusion qui domine l’image de la Bibliothèque Humaniste, en particulier depuis l’ouverture de la médiathèque intercommunale, et qui en fait un établissement atypique, dont la redéfinition des missions et du positionnement légitime un questionnement fondamental. Cette confusion est d’ailleurs accentuée par l’aménagement inadapté des espaces, une parcours de visite incompréhensible et une muséographie obsolète qui peinent à traduire la qualité des collections, reposant davantage sur l’accumulation et l’effet d’ambiance que sur un discours raisonné et accessible au plus grand nombre.

Ainsi, l’ambition de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste devra s’inscrire dans une logique de transmission et de dialogue, de telle façon que cet établissement voué à conserver les traces du passé, soit également en mesure de transmettre à un large public ce patrimoine unique à l’aide d’une médiation appropriée.

Le nouvel équipement doit également s’ancrer dans le XXIe siècle. En effet, le développement d’une culture numérique à partir des années 1990 n’est pas sans rappeler l’importance joué par le livre imprimé à partir du milieu du XVe siècle dans la transmission des savoirs et les méthodes pédagogiques mises en œuvre, conduisant ainsi à une nouvelle perception du monde.

L’articulation entre la bibliothèque d’étude et de conservation, d’une part, et les pratiques muséales, d’autre part, doit également être repensée. Ainsi, la Nouvelle Bibliothèque Humaniste doit développer, autour de la bibliothèque patrimoniale, une nouvelle dimension muséale garante de la sécurité des collections et s’appuyant de manière significative sur la médiation afin de faciliter le partage et l’accès à la connaissance, dans une démarche d’ouverture et de culture en direction du plus grand nombre. En outre, cette ambition, liée au volet scientifique des collections, devra déboucher sur une amélioration sensible de la qualité de l’accueil des chercheurs et aura vocation à s’inscrire dans une logique partenariale en direction des programmes de recherches et des milieux scientifiques, tant au plan national qu’international.

La Nouvelle Bibliothèque Humaniste, tout en s’inscrivant dans une politique de valorisation scientifique avec pour objectif de se positionner comme centre de référence sur l’humanisme rhénan et le livre, est appelée à devenir un véritable outil de développement touristique du territoire. Si ce projet s’inscrit de manière immédiate dans une logique d’ancrage territorial, le rayonnement attendu devra le porter à l’échelle nationale et internationale.

  • Quel projet architectural pour la Nouvelle Bibliothèque Humaniste ?

Le projet architectural retenu au cours de la réunion du jury du 11 septembre 2014 est celui conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, auteur par ailleurs du Centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, de la passerelle pour la Paix à Séoul ou le Nikolaisaal de Potsdam en Allemagne, le Palais des festivals à Venise, le Musée d’Art

Contemporain de Liège et plus récemment du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), à Marseille.

Le parti pris par l’architecte consiste à restituer les volumes de l’ancienne Halle aux Blés, antérieurs aux aménagements de 1889. Cet édifice bénéficiera d’un parfait ancrage dans le tissu urbain environnant en raison de l’intégration cohérente de l’extension qui sera réalisée en grès des Vosges. Cet ajout abritera notamment un Café des Lettres, lieu de vie, de rencontres au sein de la ville. Il faut noter que les abords de cet équipement bénéficieront d’un réaménagement urbanistique complet.

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En passant de 1 000 m2 à 2 500 m2, la Nouvelle Bibliothèque Humaniste disposera enfin de tous les espaces destinés à assurer au mieux la conservation (tant du patrimoine écrit que des objets d’art) et la mise en valeur de ses collections : aux 350 m2 de l’exposition permanente il importe d’ajouter les 110 m2 dédiés aux expositions temporaires, alors qu’un auditorium de 140 places sera consacré aux conférences, aux concerts et autres temps de rencontre avec les différents publics. Un atelier de restauration sera dévolu à l’entretien des collections.

L’exposition permanente présentera sur l’histoire du livre et de la transmission des savoirs au Moyen Age et au début de l’époque moderne, tout en présentant la démarche originale suivie dans le cadre de l’école paroissiale de Sélestat. Une place particulière sera évidemment accordée à Beatus Rhenanus. La muséographie intégrera en outre les dernières évolutions que peut apporter le numérique, en s’appuyant sur la numérisation des collections menée de 2008 à 2012.

Les travaux de mise en œuvre du projet architectural devraient être lancés dès la fin de l’été 2015 (après le déménagement des collections), pour une durée de deux ans. La Bibliothèque Humaniste aura alors fini sa métamorphose pour la plus grande joie des amateurs du livre.

Il ressort ainsi à travers ces quelques observations qu’à une époque saturée d’écrans et d’autres médias électroniques, qui impactent directement les pratiques culturelles de nos contemporains, il peut sembler tout à fait daté, pour ne pas dire démodé, d’exposer le patrimoine écrit.

Ce constat, lucide mais pas désespéré, pourrait nous faire sombrer, nous autres conservateurs et bibliothécaires en charge de la conservation et de la mise en œuvre de tels documents, dans une forme de découragement. Néanmoins, le recours au numérique, même s’il ne peut, ni ne doit constituer une fin en soi, et à une médiation adaptée à nos différents publics nous permet de relever ce défi qui se pose aux acteurs du champs culturel en ce début de XXIe siècle.

L’histoire de la Bibliothèque Humaniste illustre en quelque sort ces mutations liées à l’évolution générale du livre et des bibliothèques. Bibliothèque patrimoniale, dont les fonds les plus précieux sont se sont constitués à la charnière entre le Moyen Age et l’époque moderne, cet établissement a exercé des missions diverses dans le champs du patrimoine tout en assurant la desserte de la lecture publique jusqu’en 1997. Parallèlement, le souci de mettre en valeur ses manuscrits et ses imprimés anciens a conduit la Bibliothèque Humaniste à développer et à assumer, dès 1889, une vocation muséale, drainant progressivement une fréquentation touristique. Cependant, la redéfinition des missions de la bibliothèque à partir des années 1990 et le caractère obsolète de la présentation de son patrimoine écrit, entre autres éléments du diagnostic, ont encouragé la Ville de Sélestat à mettre en œuvre le vaste projet de revalorisation tant attendu.

[1] Voir le programme : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/calendrier_expositions.html (lien vérifié le 3/03/2015).

[2] Cette réalisation architecturale a été accompagnée du déploiement d’une exposition permanente intitulée « Mille ans de livres à Troyes », intégrant un volet touristique dans le fonctionnement de cette bibliothèque (http://www.mediatheque.grand-troyes.fr/webmat/content/mille-ans-de-livrestroyes).

[3] http://www.bmi.agglo-epinal.fr/EXPLOITATION/la-salle-des-boiseries.aspx

[4] On trouvera quelques généralités chez MEYER (Hubert), « Bibliothèque Humaniste », dans Patrimoine des bibliothèques de France. Un guide des régions, t. IV : Alsace, Franche-Comté, [Paris], Payot, 1995, p. 110-119.

[5] Voir en particulier à ce sujet ADAM (Paul), « L’école humaniste de Sélestat », dans Les lettres en Alsace, Strasbourg, Société savante d’Alsace, 1962, p. 89-104 et RAPP (Francis), « L’école humaniste de Sélestat », dans Saisons d’Alsace, 57 (1975), p. 66-76.

[6] A ce sujet voir notamment HIRSTEIN (James), « La bibliothèque de Beatus Rhenanus : une vue d’ensemble des libres imprimés », in SMET (Rudolf, de) (éd.), Les humanistes et leur bibliothèque, Humanists and their Libraries. Actes du colloque international, Proceedings of the International Conference, Bruxelles, 26-28 août 1999, Peeters-Leuven-Paris-Sterling, Virginia, Université Libre de Bruxelles, 2002, (Travaux de l’Institut Interuniversitaire pour l’Etude de la Renaissance et de l’Humanisme, 13), p. 113-142.

[7] MEYER (Hubert), « La Halle aux Blés de Sélestat. L’installation de la bibliothèque dans ses locaux », dans A.A.B.H.S., 39 (1989), p. 17.

[8] MEYER (Hubert), « La Bibliothèque Humaniste de Sélestat de 1938 à 1945 », dans A.A.B.H.S., 38 (1988), p. 190-201.

[9] ADAM (Paul), « Petite chronique de la bibliothèque », dans A.A.B.H.S., 3 (1953), p. 155-156.

[10] ADAM (Paul), « La Bibliothèque municipale de Sélestat », dans Vitalité de Sélestat et de sa région, Sélestat, Ville de Sélestat, 1970, p. 205-210.

[11] ADAM (Paul), « La Bibliothèque municipale de Sélestat », dans Vitalité de Sélestat et de sa région, Sélestat, Ville de Sélestat, 1970, p. 206.

[12] Voir à ce sujet NAAS (Laurent) et SONNEFRAUD (Claire), « La Bibliothèque Humaniste de Sélestat : une bibliothèque aux missions atypiques », dans Bulletin des Bibliothèques de France, (2011-4), p. 38-42.